Vendredi 23 octobre 2009 5 23 10 2009 14:46

Introduction

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les deux présentateurs choisis pour l’occasion – la délicieuse Sujaya MacRowin et le sémillant Egon Suzaru – mirent leur sourire plus-vingt-points-d’audience sur pause puis l’image entama un fondu enchaîné. Ils laissèrent tous deux la place au premier chiffre du décompte, blanc éclatant sur un fond noir et profond.

Le compte à rebours pouvait commencer.

 

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L’immense majorité des vingt milliards d’humains de la PanHumanité était massée devant plusieurs centaines de millions d’écrans à travers six systèmes solaires. Ils attendaient que la  sonde Gagarine-Colombus, en orbite à dix mille kilomètres autour de la Terre, envoie les premières images de sa surface. Elle venait d’effectuer un voyage de près de trente ans afin de permettre aux humains exilés de revoir la planète Terre après trois siècles de séparation, suite à l’Accident.

Il eut lieu en 2049. En un instant, tous les circuits informatiques, tous les réseaux de communications de la Terre se retrouvèrent hors service. Aucun Etat ni aucune armée n’y survécut. La désorganisation fut totale et le monde terrestre sombra irrémédiablement dans le chaos. Seule fut épargnée la station internationale de Mars qui abritait cinq mille chercheurs ainsi que quelques bases scientifiques disséminées sur Terre.

Legs miraculeux de cette apocalypse, la fusion nucléaire, la propulsion Olympus et les singularités Noah-Landowski – elles permettaient de se déplacer instantanément entre deux téléportes – ouvrirent aux hommes les portes de l’Espace. Ils s’empressèrent de les emprunter, autant pour faire renaître l’espoir que pour échapper au terrible spectacle d’une Terre en ruine.

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Sur les six vaisseau colonie qui prirent leur envol, cinq arrivèrent à destination. Ensuite, pendant un siècle, dans l’austérité et la résignation, les hommes colonisèrent et peuplèrent à marche forcée cinq systèmes solaires. Quand le dernier humain né sous le Soleil disparut, le consensus qui unissait les pionniers et avait permis la création d’un nouveau monde vola en éclat. La Première Expansion Stellaire prit fin dans la violence et le sang.

Les Troubles durèrent quarante ans, durant lesquels le monde crée par les Colons se désagrégea lentement. Quand il fut au bord de la dislocation, les humains réagirent en tournant la page de la Première Expansion et en refondant leur cadre de vie. Plus personne ne souhaitait vivre comme les Colons, sous le poids de la culpabilité liée à l’Accident. Les humains qui vivaient à présent dans les étoiles ne venaient plus de la Terre mais habitaient l’Espace : ce monde était le leur et ils comptaient bien y vivre à leur guise.

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Pour ce faire, ils créèrent la PanHumanité en adoptant les Lois Hoboken, du nom de la planète où elles virent le jour et où, par la suite, s’installa le Sénat. Ces lois jetaient les bases d’une nouvelle union des humains exilés. En premier lieu, elles garantissaient à tous un accès libre et gratuit à l’énergie et au réseau des téléportes en créant le Centre qui gérait les deux. Ensuite, elles transformaient les multiples entités politiques nées pendant les Troubles en Groupements représentés au Sénat où se réglaient dorénavant les affaires publiques. Elles créaient aussi, pour pouvoir faire respecter ses décisions, une force armée, la Légion.

Dans ce cadre de vie renouvelé débuta la Seconde Expansion Stellaire, la plus longue et la plus prodigieuse période d’essor et d’abondance que l’Homme ait jamais connue. Elle était dans sa cent quarantième année alors que le compte à rebours s’égrenait.

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La sonde Gagarine-Colombus n’était pas partie seule. Elle avait été précédée par le Germanicus, un vaisseau muni d’une téléporte envoyé en direction du système Plunae qu’il avait atteint six mois auparavant. Choisi pour ses richesses supposées, c’était pour une toute autre raison que ce système occupait sans discontinuer les devants de la scène médiatique : une rapide exploration de la planète principale, Laconia, avait révélé l’existence de canaux rectilignes de plusieurs centaines de kilomètres et de salles creusés avec une précision confondante. L’une des plus vieilles questions que se posait l’humanité allait peut-être trouver une réponse mais depuis quelques secondes, les humains ne pensaient plus à Laconia.

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L’audience actuelle pulvérisait sans mal tous les scores des grandes messes médiatiques panhumaines. Quelles que fussent leur importance, ni les Muneria, plus grand tournoi de gladiateurs se déroulant dans une vaste station orbitale, ni les finales du championnat de Bloodball, hybride violent de hand et de foot, ni la retransmission en direct de la répression des émeutes dans les Mines d’Alma-Ata, vaste réseau de mines abandonnées par les Colons et habitées par trente millions de personnes, ne pouvaient rivaliser avec les chiffres qui défilaient présentement sur les écrans.

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Les puissantes IAs du Centre en charge du fonctionnement des téléportes étaient presque au repos. En temps normal, elles avaient à gérer le transfert à chaque minute de millions de ghost – empreinte laissée par le cerveau dans l’espace ouvert par les singularités Noah Landowski – mais là, il y en a moins d’un millier à la seconde. Les IA avaient donc elles aussi l’opportunité de suivre l’évènement, même si la charge émotionnelle humaine faisait ici place à une froide et objective curiosité.

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Dans la Matrice, les câblés avaient attribué une partie de la mémoire vive de leur bécane à la surveillance du flot permanent d’information en provenance du Nombril, le cœur de l’espace matriciel, l’endroit où les 1 et les 0 du monde des machines plongeaient dans l’espace ouvert par les singularités Noah-Landowski. A chaque chiffre du décompte, il palpitait d’une intense vibration qui se propageait ensuite à travers les mailles du réseau.

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La Terre.

Elle allait apparaître dans quelques secondes sur des centaines de millions d’écrans, près de trois siècles après la séparation. Les humains exilés allaient enfin voir le monde dont ils étaient originaires, le berceau de l’humanité, Gaïa, la planète Terre. L’émotion était à son comble à travers toute la PanHumanité.

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Sous les immenses dômes en verplex de plusieurs kilomètres de diamètres abritant des milliards d’humains, sur les quatre planètes à l’atmosphère rendue respirable grâce à la terraformation, dans les stations orbitales en orbite autour de géantes gazeuses, partout, on retenait son souffle.

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Le décompte s’arrêta, laissant un noir profond sur tous les écrans. Trois secondes s’écoulèrent sans que rien ne se passe.

Alors un murmure d’étonnement et d’impatience parcourut les milliards de téléspectateurs. Ils voulaient voir ce que voyait la sonde Gagarine Colombus, ils voulaient voir la Terre.

A la place de celle-ci, les deux présentateurs refirent leur apparition sur les écrans. Leurs sourires ravageurs avaient disparu, leurs traits s’étaient affaissés, leur assurance envolée. Ils avaient manifestement une mauvaise nouvelle à annoncer.

 
Par Nikko
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